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Les Figures de la Domination
Revue pour la conscientisation des rapports de domination : sexe, race et classe

L'actualité des dominations

Collectif Manouchian

OUVRONS LES YEUX, CAMARADE ! N°9, Avril-Mai 2011
Continuité sexiste, raciste, classiste et impérialiste de France : discours et pratiques des classes dominantes (politiques, patronales et médiatiques) dans la politique actuelle menée par la France

Annonce et actualité

1Le capitalisme mondialisé ne connaît qu’« une » loi : celle des actionnaires et de leur soif de profits maximum. Pour les satisfaire il organise en système toutes les dominations possibles pour les faire concourir à ce but ultime. Ce faisant il tente de parcelliser les consciences tout en poussant les uns et les unes à défendre des « privilèges illusoires »1  et les autres à ne pas relier leur oppression spécifique au système qui les produit et les reproduit. Les actes du gouvernement Fillon dans la dernière période sont ainsi caractérisés par une circularité des dominations de sexe, de race et de classe, participant à la production des effets concrets, bien que masqués, au service de cette loi.

2Cette circulation des dominations se fait jour ainsi, tant dans la politique intérieure de ce gouvernement, avec le traitement des plus pauvres et/ou des « musulman.e.s » (ou perçu.e.s comme tel.le.s), et plus largement des « immigré.e.s » (toujours construit.e.s comme « subalternes »), que dans sa politique extérieure et le nouveau tournant de la réaffirmation néocoloniale de la politique africaine de Sarkozy.

3Il faut rattacher la posture du gouvernement, de l’UMP et de son « omni-président », tant en matière de politique intérieure que de politique extérieure, au maintien des dominations croisées de classe, de race et de sexe, pour conserver les rapports de pouvoirs en faveurs des riches-blancs-occidentaux-hommes-hétérosexuels-adultes2 par l’exploitation de ces trois médiums.

4En témoigne la situation politique intérieure en France. En témoigne les récents événements en Côte d’Ivoire et en Lybie. En témoigne enfin la dite « affaire DSK ».

Classisme  et sexisme : continuité de la construction des pauvres comme « classe dangereuse »et « profiteuse »

5La récente polémique concernant le « Revenu de Solidarité Active » (RSA) « allumée » par le discours de Laurent Wauquiez dans les médias3 ne nous semble rien devoir au hasard. Et ce, malgré le sentiment donné de n’être qu’une prise de parole marginale, d’un homme politique « mineur » en manque de visibilité, après son passage raté au secrétariat d’état à l’emploi4, sur un sujet qui ne fait pas partie de ses attributions ministérielles. On assiste en fait à ce type de discours dans le jeu politique et cela n’a rien d’un hasard : de plus en plus la logique politiques actuelle de l’UMP joue sur de telles prises de paroles télécommandées par le pouvoir, pour tester les réactions de l’opinion publique sur tels ou tels sujets5, tout en créant un terreau favorable à ces idées6 traduites à la va-vite en futures « réformes ».

6Le discours reprend ainsi tous les clichés de la droite réactionnaire des « Rmistes fainéant » (figure le plus souvent masculine, dans l’imaginaire dominant), qui « reste au lit » toute la journée et ne font rien pour chercher un travail, car il préfère vivre grassement des prestations sociales. Hors, tous les « vrais » spécialistes de la question disent ainsi que Laurent Wauquiez montre là son manque de connaissance de ce dossier, son incompétence sur la question, sa bêtise politique, et la logique de la pensée classiste qui anime ses propos. Que les régulations du RSA mises en place prévoient déjà ce qu’il propose de faire par la loi : plafonner l’ensemble des prestations sociales perçues pour que l’ensemble ne dépasse pas - et de loin7, c’est le cas actuellement - le salaire d’un « smicard ».

7Plus largement, ce type d’attaques doit être replacé dans un contexte électoraliste ou Sarkozy doit masquer le bilan chaotique de 4 années de politiques antisociales, où, bien qu’il ait affiché vouloir être le « président des français et du pouvoir d’achat », ce pouvoir d’achat demeure au plus bas. Masquer ainsi qu’il a mis en place une politique, la plus généralisée possible, de recul social depuis de nombreuses années (réformes des retraites, gel des salaires des fonctionnaires, hausse limité au minimum légal du smic, etc.).

8Sur le RSA, ce type de discours se situe dans la droite ligne de celui tenu il y a quelques mois par Patrick Buisson8, proposant au moment des cantonales, fin 2010, dans Paris-Match de « lutter contre l’assistanat » en réservant le RSA aux « français qui ont un travail »9. A l’origine c’était ainsi une proposition discriminatoire intenable, « remaquillée » c’est devenue une proposition sociale pitoyable. Qui aurait ainsi pour résultat d’exclure plus d’un million de personnes du RSA10. On se situe dans la même logique d’une guerre aux plus pauvres, aux plus fragiles, aux immigrés, aux femmes, malgré les faux-semblants.

9Cette politique sociale marque un repositionnement à droite, dans ce champ comme dans tous les autres (discours anti-immigration et immigrés, économie, Europe, etc.). Il mène ainsi à nouveau ouvertement, une guerre des classes au service de la bourgeoisie. Et cette guerre de classe est aussi un sexisme de classe, si on considère que le RSA « bénéficie » à un grand nombre de femmes11, les femmes vivant dans des ménages « monoparental » (avec enfants, donc) étant par ailleurs surreprésentées par rapport aux hommes vivant dans les mêmes conditions12.

10Le (faux) « féminisme » d'Etat de l'UMPS, qui n'est actif que lorsqu'il s'agit de stigmatiser et discriminer un peu plus les classes populaires (immigré.e.s, « musulman.e.s » ou non), ne semble décidément pas se soucier des effets immédiats des politiques anti-sociales précarisantes et paupérisantes sur les femmes des classes populaires (immigré.e.s, « msulman.e.s » ou non). Pas plus qu’elles ne sont mobilisées dans des situations de sexisme au sein de la classe politique (Strauss-Kahn, Tron, Mitterrand, etc.).

11Cet « arôme idéologique immédiat » n'est pas innocent, il vise à inverser une réalité socio-politique et socio-économique. Nous assistons à l'enracinement d'un renversement des responsables et des « victimes » des injustices sociales actuelles. Les exploité.e.s et les opprimé.e.s sont regardé.e.s non plus comme tel.le.s, mais comme des « profiteurs/profiteuses ». Le mouvement ouvrier avait réussit à démontrer que les « profiteurs » étaient les actionnaires (ceux qui vivent de l'action des autres) et des capitalistes (qui vivent du travail des autres). Les classes dominantes organisent la pression d'un travail de resignification, transformant dans les esprits les « classes laborieuses » (avec ou sans emploi) en « classes profiteuses ».

12Dès lors, nous avions déjà une politique de production de mentalités de « petits blancs », nous avons de manière de plus en plus régulière des opérations idéologiques de production d’une mentalité de « petits travailleurs » consistant à masquer l’antagonisme qui les oppose aux possédants pour le remplacer par un antagonisme envers les travailleurs les plus pauvres, ou envers les étrangers, par exemple récemment en besoins de soin (avec les campagnes récurrentes pour la suppression de l’Aide Médicale d’Etat).

Sexisme et racisme : l’intensification de la politique sécuritaire de Sarkozy dans la construction des « immigrés » et des musulmans comme « ennemis de l’intérieur »

13Le sexisme de classe du gouvernement actuel est également omniprésent dans la politique sécuritaire (développée à l’aide d’un discours systématique de confusions des problèmes et des réponses à apporter) et fascisante concernant la « place » de l’immigration dans notre société. Après maints épisodes concernant le « voile », les « quartiers », les « incivilités », etc., les épisodes récents concernant la « Burqa13 » et les tentatives scandaleuses d’interdiction des mères, qui portraient le hijab lors de les sorties scolaires14, en violation même de la loi sur la laïcité15, sont une nouvelle étape dans le processus d’extrêmisation de la pensée politique, et de la stigmatisation concrète de « l’immigration » de France.

14On assiste ainsi au même processus de polarisation de la question de l’immigration, comme un « problème racial » majeur dans l’opinion publique, par le « jeu » des annonces et des petites phrases des politiques. Il y a, là, construction d’une véritable stratégie politique élaborée. En témoignent les incessantes prises de paroles xénophobes de Claude Guéant concernant « l’immigration et les immigrés en France ». Il s’agit ici de tenter d’imposer à l’opinion publique la logique d’extrême-droite16 de la gestion de l’immigration par la droite nationale qu’on présente comme « républicaine », mais qui est de plus en plus, par la vision du monde social qu’elle développe, dans ce « jeu » avec les extrêmes, elle-même extrémisée.

15La logique fait converger la guerre de race et de sexe (par les cibles constituées : les femmes musulmanes, issues de l’immigration ou perçues comme telles17), mais aussi de classe. les élites politiques au service du marché ne construisent « l’immigré.e », que comme un facteur de division sociale. Construction d’un.e bouc-émissaire, et d'ennemi.e.s de l'intérieur, et suspecté.e.s aussi de favoriser une certaine « décohésion nationale », « culturelle » et « raciale » : ils/elles sont pratiques pour faire diversion sur les vraies causes des difficultés sociales du plus grand nombre, favorisant la compétition entre travailleur.euse.s.

16Les « immigré.e.s » n’ont droit qu’à une seule alternative, se taire et accepter la place qu’on leur octroie ou bien partir car finalement rien n’a changé dans le discours du candidat ou du président Sarkozy, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire18 :

« Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu'eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l'histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu'à leurs yeux elle n'aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires, pour exiger une compensation que personne ne leur doit, plutôt que de chercher à s'intégrer par l'effort et par le travail, ceux qui n'aiment pas la France, ceux qui exigent tout d'elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu'ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national », Nicolas Sarkozy, discours de meeting à Agen, 25/06/2006.

17Pour lui, et avec lui la droite nationale-réactionnaire (FN + UMP), les « musulman.e.s » et les « immigré.e.s » (ou ceux perçu.e.s comme tel.le.s) sont des « marchandises comme les autres »19, dans un « marché politique » permettant de maintenir sa place et celles de ses amis en haut de la pyramide capitaliste des riches et des puissants.

18Ils/elles sont l’objet d’une « barbarisation » : construit.e.s comme d’« autres », des « menaces », des « ennemi.e.s de l’intérieur » des « barbares ». La peur d’un envahissement « encore plus grand » qu’il ne le serait (phantasme ajoutant aux phantasmes) est partout dans les discours et les inconscients du moment : en témoigne l’épisode récent de la fermeture de la frontière avec l’Italie, à l’occasion du « déferlement » de nombreux tunisiens sur les plages italiennes et du débordement de ces « hordes » sur la France. Mais Lévi-Strauss avait raison, le barbare est surtout celui qui croie en la barbarie, puisqu’il est question des mêmes solutions aux problèmes pour l’UMP comme pour le FN : « remettre les tunisiens dans les bateaux »20, quel que soient alors leurs sorts. La barbarie est donc seulement du côté de ceux qui crient aux « barbares », du discours et de la pensée politique ambiante française à propos de la place de « l’immigration » en France. Cette barbarie, on la retrouve, au passage, ailleurs dans le monde, et en particulier dans d’autres pays impérialistes, qui peuvent se croire dans l’impunité totale et mettre en œuvre l’exécution, froidement, sans jugement, médiatisée devant le monde entier, de Ben Laden : au nom d’une soi-disant justice ! On se situe là au comble de la barbarie « prétendument civilisée » !!

19Ici c’est la mentalité de « petits blancs » et de « petites blanches » qu’il s’agit de promouvoir encore une fois avec une fonction de camouflage de l’ensemble des dominations qui caractérise notre société. Le rapport de race qui est ainsi mis en scène idéologiquement est au service du rapport de classe.

Racisme  et classisme : les faits en Côte-d’Ivoire viennent contredire le mensonge d’une « nouvelle attitude de la France » en Afrique qui serait en rupture avec la « Françafrique »

20Si on s’intéresse maintenant à la situation extérieure de la France, on l’a dit, la politique actuelle du gouvernement Fillon est marquée par la continuité d’une pensée nationale emprunte des mêmes idéologies « colonialistes » de l’entre-deux-guerres et de l’immédiate après-guerre : un colonialisme des corps et des pensées, où chaque pays colonisé, où chaque indigène sont enchaînés au bon vouloir du colonisateur.

21Il faut ainsi (r)appeler la nature véritable de l’intervention de la France en Lybie et en Côte-d’Ivoire : une politique néocolonialiste. Elle vise à garder la maîtrise politique, la présence française, sur toute une partie du continent africain et sur ces ressources, ici pétrolières en l’occurrence. Et ce malgré la légitimité des peuples à aspirer à la démocratie face aux tyrans, qui par ailleurs ont toujours été soutenus par la quasi-totalité des pays occidentaux (« Realpolitik oblige »).

22Si ce n’était pas le cas : il y aurait un même traitement au Bahreïn ou au Yémen. Ce n’est effectivement pas le cas… Mais le fait que ces deux pays soient placés sous protectorat des USA, via les principautés du Golfe, fait qu’on y laisse les gouvernements réprimer tout aussi violement leurs peuples qu’en Lybie, qu’en Syrie, qu’en Tunisie, qu’en Egypte.

23La proximité de l’intervention armée française dans le dénouement en Côte d’Ivoire de la lutte pour le pouvoir des deux factions rivales, toutes deux soutenues l’une après l’autre, avec de la victoire du camp Ouattara et de l’intervention armée française en Lybie, permet d’éclairer la posture singulière et la continuité, malgré les soi-disant discours contraires, qui ont toujours été celles de l’ancien colonisateur en Afrique.

24Bien avant d’être président, le candidat Sarkozy avait exprimé sa volonté de « tourner la page des complaisances » en Afrique et de réduire au « strict minimum » la présence militaire sur ce continent21. Reprenant ainsi un discours construit de longue date pour faire de la relation entre la France et l’Afrique une relation « plus transparente. [débarrassée] des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autres mandats que ceux qu’ils s’inventent »22. Les faits récents montrent qu’une telle évolution est impossible dans le système politique de la droite nationaliste (tout comme elle le serait pour le PS, pour qui les logiques de servilité au Marché sont les mêmes). Les logiques de système prennent le pas. Les vieux réflexes resurgissent et ainsi, plus que jamais, la France « bombe le torse », sous des prétextes de « droits de l’homme » et on assiste au retour de la « très Grande France » nationaliste et néocolonialisme sur le devant de la scène internationale.

25Par ailleurs, les destructions, les violences qui continuent à ce jour en Côté d’Ivoire, la découverte de charniers, prouvent que les deux camps ont commis des crimes, des crimes sociaux et des crimes de guerre. Tout cela la France fait immédiatement mine de l’ignorer dans son soutien au nouveau pouvoir à Abidjan, comme elle faisait également abstraction pour l’ancien pouvoir, tant que ces relations étaient « au beaufixe », mais qu’elle a souhaité évincer : seuls comptent les intérêts économiques et politiques en Afrique. La Françafrique a encore de beaux jours devant elle.

26L’intérêt de la France et de l’occident est le même : empêcher que l’Afrique s’organise et se développe en dehors de la présence des pays et des influences de l’occident. Dans le même temps cela met en lumière l’incapacité de l’union africaine a régler entre africains les problèmes africains. Cette incapacité est dramatique car elle valide la continuité coloniale et impérialiste de l’Occident, qui maintient ainsi l’Afrique dans son « infantilisme ». Elle valide le maintien de l’ordre capitaliste et sa quasi-invisibilité pour le plus grand nombre d’entre-nous. Ajoutons également que la guerre en Lybie et en Côté d’Ivoire attisée par la France coûtera des milliards aux peuples concernés (et aussi à l’aide internationale23)  et que ces milliards seront d’une manière ou d’une autre dépensés dans les poches des firmes internationales qui ne manqueront pas de se présenter pour réparer les dégâts : la guerre est une économie « des plus rentable », et ce à plusieurs niveaux (pour la faire, puis donc pour réparer les dégâts causés : on la vu avec le développement sans précédent du complexe militaro-industriel nord-américain en Irak).

27Disons également au passage que la France assume ainsi de son côté dépenser des milliards pour faire la guerre en Lybie, gaspillant son argent en le plaçant symétriquement dans les poches d’un Lagardère ou d’un Dassault (qui eux se frottent les mains, chaque fois qu’un missile est lancé), alors qu’elle pourrait utiliser cet argent24 pour contribuer à résoudre les problèmes sociaux en France : augmentation des salaires des fonctionnaires, revalorisation du smic ou des retraites. En France il ya donc de l’argent pour faire la guerre, mais pas pour améliorer les conditions sociales d’existence des citoyens.

28Une telle politique impérialiste et néocoloniale  ne peut exister que parce que l’image des pays et des peuples concernés sont construits idéologiquement, médiatiquement et politiquement comme « incapables », « barbares », « tribaux », etc. La construction médiatique en France de nos concitoyens immigrés, sans-papiers, « jeunes des quartiers », musulmans comme symboles de la « sauvagerie » est ainsi au service de la guerre impérialiste. Le rapport de race interne à la France est ainsi mis au service du rapport colonial externe.

Conclusion

29Nous ne pouvons pas conclure ce bref tour d’horizon de l’actualité sans souligner deux événements sur lesquels nous reviendrons ultérieurement. Le premier est l’inculpation du directeur du F.M.I. (Fonds Monétaire International) pour agression sexuelle envers une employée noire. Ce qui est exemplaire dans cet exemple c’est la quasi-unanimité des réactions ayant comme colonne vertébrale le même leitmotiv : présomption d’innocence pour l’un et oubli de la « présomption d’être  une victime » pour l’autre25. Cette unanimité met en lumière la solidarité de classe entre une majorité d’hommes et de femmes de pouvoir (politique, financier et médiatique). La violence de la réalité a été ainsi l’occasion d’un défoulement de ce qui habituellement est retenu : le sexisme et le racisme ordinaire. Il est difficile d’octroyer une palme dans cette vague de petites phrases racistes et/ou sexistes et/ou de mépris de classe que nous avons entendu. Les uns soulignent et insistent sur le fait que la victime présumée est une « femme seule », « noire » et avec des ressources modestes, suggérant ainsi qu’elle ne peut pas ne pas être consentante et/ou manipulée26. Les autres avancent la soi-disant « laideurs » de la « victime » pour arguer de l’inanité de ses accusations. Nous avons néanmoins un faible pour l’attribution de la palme du dominant, ex-aequo, à Jack Lang avec son « il n’y a pas mort d’homme »27. Et à Jean-François Kahn pour son : « j’en suis certain, enfin pratiquement certain, qu'il n'y a pas eu une tentative violente de viol […]  Qu'il y ait eu une imprudence on peut pas le… (rire gourmand), […] que y ait un troussage de domestique »28. Imaginons simplement qu’un ouvrier noir soit accusé d’avoir agressé sexuellement une femme blanche directrice du FMI. Classe/Race/Sexe ce système est bien celui de toutes les dominations systémiquement organisées.

30Le deuxième événement est le franchissement de la méditerranée par les nouvelles formes de luttes apparus dans les « révolutions arabes ». L’occupation permanente des places publiques comme outils pour anéantir l’éparpillement et la parcellisation des dominés est en effet une caractéristique de ces mouvements sociaux. La réappropriation du temps et de l’espace est une des réponses trouvées par les dominés à l’éparpillement et à la division. Il est trop tôt pour dire si le mouvement espagnol des « indignés » réussira à s’enraciner et à se déployer. Il suffit cependant pour souligner que là où il y a domination, il y a résistance et en conséquence que l’avenir reste ouvert à l’émancipation collective.

Notes

1  Ces privilèges sont certes bien réels mais sont relatifs et non absolus : objectivement un homme Blanc de couche moyenne est privilégié sur le marché des biens rares en comparaison à une femme Blanche de couche moyenne (désavantagé systémiquement du fait des rapports sociaux sexistes) ou d’un homme issu de l’immigration également de couche moyenne (désavantagé systémiquement du fait des rapports sociaux racistes qui avantage les hommes Blancs et les femmes Blanches). Cependant à l’échelle globale ces inégalités masquent le moteur de cet étagement social : le transfert massif des revenus du travail vers les revenus du capital, y compris pour les couches moyennes « privilégiés », les hommes « privilégiés », et les Blancs et Blanches « privilégié-es ». Autrement dit à l’échelle sociale ces privilèges sont « illusoires » et visent à légitimer une mentalité de « petit homme viriliste » et/ou de « petit blanc et petite blanche  » et/ou de « petit bourgeois et petite bourgeoise », pour le plus grand « bien » de la reproduction du système de domination.

2  Ce sont eux qui sont tout en haut de l’échelle, ce qui ne veut pas dire que le système ne contribue par à faire d’autres catégories, dominé.e.s par certains aspects, du fait de positions occupées dans certaines rapports sociaux, et simultanément bénéficiaires par d’autres aspects du fait de positions de dominant.e.s qu’ ils/elles peuvent occuper dans d’autres rapports sociaux.

3  Cf. l’interview qu’il a donné le dimanche 8 mai 2011 pour RMC-BFMTV-Le Point.

4  Marqué en particulier par l’échec de la lutte contre le chômage malgré les promesses de son président et par l’échec généralisé de la fusion de l’ANEP et des ASSEDIC.

5  Cf. ci-après le cas du ministre de l’intérieur, Claude Guéant.

6  Il s’agit en fait d’imposer une logique spécifique, une manière de poser un problème donné : on sait que poser le problème de telle ou telle manière c’est déjà orienter la façon d’y répondre.

7  Le RSA perçue par une personne seule est de 467 € par mois.

8  Conseiller de Nicolas Sarkozy, ancien journaliste et directeur de Minute, le journal d’extrême-droite soutenant le Front National.

9  L’article avait fait rapidement polémique et dans un deuxième temps Paris-Match avait republié, selon le Nouvel Observateur , l’article en remplaçant « français » par « bénéficiaire ». Cf. l’article « Buisson et la préférence nationale : "l'erreur" qui fait du bruit » du Nouvel Observateur du 2 avril 2011 disponible en ligne (http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/media/20110401.OBS0625/buisson-et-la-preference-nationale-l-erreur-qui-fait-du-bruit.html).

10  Sur 1,8 millions de bénéficiaires, seuls 650.000 ont un travail, en 2008.

11  En 2009, le RSA (RSA socle - données INSEE) concernait environ 49,3% de femmes vivant soit en couple, soit seules avec ou sans enfants, soit un total de 634.072. Ce chiffre se situant à 55% dans les DOM). Ces proportions stagnent en métropole depuis 1997 et augmente dans les Départements d’Outre-mer (DOM), puisque respectivement 50.0% et 52,6% des bénéficiaires y étaient des femmes.

12  A la même période que pour la note précédente les femmes sont près de 12 fois plus nombreuses à être bénéficiaires du RSA et près de 13 dans les DOM.

13  C'est-à-dire du voile intégral, cf. notre précédent article d’actualité du mois d’Août 2010.

14  Voir le Collectif Mamans toutes égales : http://mamans-toutes-egales.tumblr.com/ et http://lmsi.net/Contre-le-projet-Chatel-d

15  Cf.sur cette question l’article de Christine Delphy : http://www.contretemps.eu/interventions/il-existe-d%C3%A9j%C3%A0-code-la%C3%AFcit%C3%A9.

16  On a dépassé aujourd’hui la période historique précédente de la « lepénisation des esprits » dont les mécanismes prévalaient pour imposer les termes du débat et la logique du FN dans la gestion de l’immigration par la droite au pouvoir, en lieu et place du FN. Il s’agissait de légitimer les termes et la rhétorique du FN sur ce thème-là, pour déplacer le centre du débat politique plus à droite. Aujourd’hui la droite actuelle est largement poreuse à ces termes, cette logique et cette rhétorique et la reprend pour sienne : bien sûr elle permet toujours de chasser sur les terres du FN, électoralement parlant, mais aujourd’hui nombre de cadre de l’UMP ont un passé d’extrême-droite, non FN, d’autres on connu de long parcours au sein du FN. La logique politique de la « droite »  nationale et réactionnaire vise désormais, de façon autonome aujourd’hui (parce que la « lepénisation des esprits » à produit ses effets) à déplacer l’ensemble de la question sociale liée à la répartition des richesses (qui remet en cause les classes gouvernantes actuelles), à une « question raciale » et immigrée, qui serait elle liée au « trop plein » d'immigré et à l'incompatibilité « culturelle » et « civilisationnelle » de certaines « races-ethnies-cultures » avec une « francité » nationale, Blanche, chrétienne et raciste. Mais pas seulement, en prônant une politique réactionnaire plus large, et qui trouvent son inspiration dans le choc des civilisations, en liant donc les questions sociales à cette lecture mondialisée de « la peur de l’autre ».

17  Une proportion non négligeable de femmes portant le « voile intégral » en France ne sont pas issues de l’immigration.

18  Le discours médiatique tente de nous faire croire que Sarkoy aurait changé et l’UMP se serait extrémisé depuis peu, alors que ce mouvement dure depuis des années.

19  En référence à une prise de position célèbre de Sarkozy : « Je suis un libéral, au sens où je crois à la liberté ; mais je suis également un humaniste, au sens où je crois que la production de richesses doit avoir un sens, que la morale ça compte, que la spiritualité ça existe, que l'homme a une destinée, et qu'on ne fait pas n'importe quoi avec l'homme qui n'est pas une marchandise comme les autres », Nicolas Sarkozy, discours lors de rencontres UMP à Saint-Etienne, jeudi 9 novembre 2006.

20  Préconisé par Chantal Brunel, députée UMP de Seine-et-Marne, le mardi 8 mars à l’Assemblée Nationale (AFP).

21  Lors d'une conférence de presse sur la politique internationale le mercredi 28 février 2007. Libération, jeudi 1 mars 2007.

22  Discours au Bénin sur la politique de la France en Afrique (RFI, 19/05/2006).

23  Parce que l’ONU mettra l’argent de l’aide, qu’elle aurait pu consacrer à d’autres besoins, si les tenants de la guerre coloniale n’avaient pas tenu à produire toujours plus de destructions.

24  Une estimation du coût pour un an de la guerre en Lybie parle de 150 millions à 250 millions d’Euros annuels (d’après Pierre Maulny, spécialiste des questions de Défense à l’Institut des relations internationales et stratégiques dans un article de Libération paru le 23 mars 2011 : http://www.liberation.fr/monde/01012327227-les-couts-de-canon-de-l-armee-francaise).

25  Voir le blog de Christine Delphy, féministe matérialiste, « qui accuse qui ? », 23 mai 2011, http://delphysyllepse.wordpress.com/2011/05/23/qui-accuse-qui-dans-l%E2%80%99affaire-strauss-kahn.

26  Les mêmes qui n’ont en bouche que la proclamation de la théorie du complot, quand des dominés dénoncent les stratégies des dominants, y recourent largement et ouvertement aujourd’hui. Les complots ont ainsi aussi un caractère de classe. Ils n’existent pas lorsque des dominés les évoquent. Ils existent lorsque les dominants les mettent en avant.

27  JT de 20h de France 2, lundi 16 mai 2011.

28  S’exprimant sur France Culture, lundi 16 mai 2011, cité par Rue89.

Pour citer ce document

Collectif Manouchian, « OUVRONS LES YEUX, CAMARADE ! N°9, Avril-Mai 2011 », in, Les Figures de la Domination [En ligne], mis en ligne le : 15/05/2011, URL : http://lesfiguresdeladomination.org/index.php?id=969.

Quelques mots à propos de :  Collectif Manouchian

http://www.lesfiguresdeladomination.org